Et si nous étions bien plus grands que nos modes de fonctionnement ?

Et si nous étions bien plus grands que nos modes de fonctionnement ?

Il y a des choses que nous faisons depuis si longtemps que nous ne les appelons même plus des façons de faire. Nous pensons que c’est « nous ».

Je suis la bonne élève, ou celui qui fait les choses parfaitement, la raisonnable, celui qui tient, celle qui est forte, celui qui anticipe, celle qui prend soin de tout le monde, celui sur qui on peut compter…

À force de les répéter, ces modes de fonctionnement deviennent une seconde peau, tellement familière qu’on finit par ne plus sentir qu’elle est une peau. On pense que c’est notre personnalité, notre caractère, notre identité.

Et parfois, on ne se rend pas compte que derrière tout cela, il y a aussi quelque chose qui a été appris. Appris pour être aimé, appris pour être accepté, appris pour ne pas déranger, appris pour traverser certaines situations, certaines personnes, certains événements, appris parfois, tout simplement, pour survivre.

🌱 Alors, bien sûr, ces façons d’être ne sont pas nos ennemies.

Elles nous ont servi. Elles ont peut-être même été super efficaces. Elles nous ont permis de traverser des endroits où nous n’avions pas encore les ressources pour faire autrement.

Le problème n’est donc pas qu’elles aient existé. Le problème commence parfois lorsqu’elles continuent de piloter notre vie alors que nous n’avons plus besoin d’elles de la même manière, lorsqu’une ancienne réponse devient une identité, lorsqu’un mode de fonctionnement qui nous a protégés finit par nous enfermer.

Et c’est là que le chemin peut devenir déroutant.

Parce que lorsque l’on commence à déposer ce qui nous a longtemps défini, on peut avoir l’impression de ne plus savoir qui l’on est.

Si je ne suis plus la parfaite, qui suis-je ? Si je ne suis plus la forte, qui suis-je ? Si je ne suis plus celui qui maîtrise, qui suis-je ? Si je ne suis plus celui qui s’adapte à tout, qui suis-je ?

Et parfois, la réponse ne vient pas tout de suite. Il y a un moment de flottement, une sorte de page blanche, un endroit où l’on n’est plus tout à fait celle que l’on a été, sans encore savoir qui l’on devient.

🤍 Je crois que cette étape mérite beaucoup plus de douceur que nous ne lui en accordons généralement.

Parce que nous avons parfois tellement envie de « trouver qui nous sommes » que nous cherchons immédiatement une nouvelle identité à adopter, une nouvelle façon d’être, une nouvelle définition, un nouveau costume.

Alors qu’il y a peut-être, avant cela, quelque chose d’autre à apprivoiser : ne pas savoir.

Accepter de rester un peu dans cet entre-deux.

J’aime partager que nos modes de fonctionnement sont comme des lunettes que nous avons portées pendant des années. Elles ont été utiles, elles nous ont permis de voir, elles ont peut-être même été les meilleures lunettes disponibles à l’époque pour nous.

Mais lorsque nous les portons trop longtemps, nous oublions qu’elles sont là. Nous oublions que ce que nous voyons passe à travers leurs verres, et qu’il existe peut-être d’autres façons de regarder.

Alors le chemin n’est pas nécessairement de jeter les lunettes.

Il est d’abord de pouvoir les enlever, de les regarder, de comprendre pourquoi nous les avons portées, de remercier peut-être celle ou celui que nous avons été lorsqu’elles étaient indispensables, et puis, doucement, de déposer ces lunettes.

✨ Pas pour devenir quelqu’un d’autre, mais pour changer les verres, pour regarder ce qui est là sans que toute notre vision soit occupée par une seule et même identification.

Parce que nous sommes tellement plus grands que nos modes de fonctionnement.

Nous sommes tellement plus vastes que « la parfaite », « la forte », « le raisonnable », « le gentil », « celle qui assure ». Mais tant que toute la surface est occupée par cette identité, il n’y a plus beaucoup de place pour goûter au reste…

Il n’y a plus beaucoup de place pour découvrir que l’on peut être fort et vulnérable, sérieuse et joueuse, généreux et capable de dire non, compétente et capable de demander de l’aide, aimant sans se sacrifier, libre sans être seul, imparfaite sans perdre sa valeur.

Il y a tellement de nuances, de mouvements, de contradictions, de désirs, de parts de nous qui peuvent émerger lorsque nous cessons de devoir correspondre en permanence à une seule définition de nous-mêmes.

🌸 Alors, je nous souhaite simplement de faire un peu de place.

De déposer, quand nous le pouvons, ce qui nous a longtemps permis d’avancer, et de ne pas avoir peur du silence qui vient parfois après.

Car ce silence n’est peut-être pas qu’un vide qui fait peur.

C’est peut-être l’espace dont nous avions besoin pour rencontrer, enfin, tout ce qui n’avait jamais eu la place d’exister.

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