Faut-il encore prouver qu'on souffre ?

Pourquoi la souffrance psychologique reste-t-elle si difficile à faire reconnaître ?

Je trouve ça fou qu’en 2026, la santé mentale soit encore autant remise en question. 😱

Quand quelqu’un se casse une cheville, personne ne lui dit : « C’est dans ta tête ! Tu n’as qu’à prendre sur toi ! » Enfin, en principe…

On comprend qu’il y a une blessure, qu’elle nécessite du temps, des soins, parfois de la rééducation, et que la personne ne pourra pas reprendre ses activités comme si de rien n’était.

Pourtant, quand une personne souffre d’anxiété, traverse une dépression ou fait face à une difficulté psychologique, le regard change. Soudain, il faut expliquer, justifier, parfois même prouver que l’on souffre vraiment, comme si une souffrance que l’on ne voit pas était nécessairement moins réelle.

Et je trouve ça profondément injuste.

Parce que lorsqu’on souffre psychologiquement, on doit parfois faire face à une double peine : composer avec ce que l’on traverse, ses symptômes, ses peurs, son épuisement, ses difficultés à faire ce qui semblait si simple auparavant… et, en plus, affronter le doute des autres, leurs jugements et leurs injonctions à se bouger, à relativiser, à prendre sur soi.

Comme si on ne l’avait pas déjà fait. Comme si on n’avait pas déjà essayé de tenir, de gérer, de trouver des solutions, de faire bonne figure.

Comme si on avait choisi de se sentir ainsi.

Le plus difficile, parfois, n’est pas seulement de souffrir, mais aussi de ne pas se sentir autorisé à souffrir !

🌱 Je me demande tout le temps ce qui se joue derrière cette difficulté à reconnaître la souffrance psychologique…

Peut-être avons-nous appris à faire davantage confiance à ce que nous pouvons voir, mesurer, toucher. Une fracture apparaît sur une radio, une plaie se voit, une jambe immobilisée témoigne de ce qui s’est passé. La souffrance psychologique, elle, ne se présente pas toujours avec des signes aussi visibles. Elle peut même coexister avec un sourire, une vie professionnelle qui continue, des responsabilités assumées et une apparente normalité.

Alors, de l’extérieur, tout semble aller bien. Et nous en déduisons parfois que tout va bien.

Mais ce que nous voyons de la vie de quelqu’un ne nous donne pas accès à tout ce qu’il traverse. Une personne peut continuer à travailler tout en étant au bord de l’épuisement, prendre soin de ses proches tout en allant très mal, rire avec ses amis tout en luttant contre une anxiété qui lui prend une énergie considérable.

Le fait qu’une personne parvienne à fonctionner ne signifie pas qu’elle ne souffre pas.

Et le fait que nous ne comprenions pas ce qu’elle vit ne signifie pas que ce qu’elle vit n’existe pas.

🤍 Finalement, il y a peut-être aussi quelque chose de plus inconfortable derrière nos réactions.

Reconnaître la souffrance psychologique de l’autre, c’est accepter que nous ne maîtrisions pas toujours ce qui nous arrive. Que la volonté ne suffit pas à tout régler, que l’on peut faire de son mieux et malgré tout ne pas parvenir à aller mieux, que certaines épreuves nous dépassent et que personne n’est complètement à l’abri de traverser une période où il ne parvient plus à faire face comme avant.

Alors, parfois, sans même nous en rendre compte, nous préférons croire que l’autre pourrait s’en sortir s’il faisait davantage d’efforts. Qu’il devrait relativiser, reprendre le contrôle, changer d’attitude.

C’est une explication rassurante. Elle nous donne l’impression qu’il existe toujours une solution simple et que nous saurions quoi faire si cela nous arrivait.

Mais cette explication peut faire beaucoup de mal à la personne qui souffre…

Au lieu de recevoir le soutien dont elle aurait besoin, elle se retrouve avec une difficulté supplémentaire : celle de ne pas être crue, de se sentir incomprise, voire de culpabiliser de ne pas réussir à aller mieux.

Elle peut alors finir par se taire, minimiser ce qu’elle ressent ou continuer à faire semblant, parce qu’il lui semble plus simple de préserver les autres de sa souffrance que de devoir encore la justifier.

Et cette solitude-là peut être particulièrement lourde à porter et avoir des répercussions compliquées pour les personnes concernées.

✨ Alors, qu’est-ce que nous pourrions faire autrement ?

Clairement nous n’avons pas besoin de tout comprendre pour pouvoir accueillir ce que l’autre traverse. Nous n’avons pas besoin d’avoir vécu la même chose, de trouver ses réactions logiques ou de savoir exactement quoi lui conseiller.

Nous pouvons simplement commencer par écouter, sans chercher immédiatement à relativiser, à expliquer ou à réparer.

Remplacer les « Tu devrais prendre sur toi » par « Qu’est-ce qui est difficile pour toi en ce moment ? ».

Remplacer « Mais tu as tout pour être heureux » par « Je vois que tu ne vas pas bien, même si je ne comprends pas complètement ce que tu traverses ».

Et parfois, simplement dire : « Je ne sais pas exactement ce que tu ressens, mais je te crois. Comment puis-je être là pour toi ? »

Ce n’est pas grand-chose, et pourtant, cela peut changer beaucoup de choses.

Et par pitié, arrêtons avec les  » je pense que tu devrais prendre un peu plus sur toi, ça va passer ! »

Parce qu’on ne demande pas nécessairement aux autres de trouver une solution à notre souffrance. On a parfois simplement besoin de ne pas avoir à la défendre. 

On ne devrait pas avoir à prouver qu’on souffre pour avoir le droit d’être soutenu.

🌸 Et si nous faisions de la reconnaissance de la souffrance psychologique une responsabilité collective ?

Nous ne pourrons sans doute pas supprimer tous les préjugés, ni trouver les mots justes à chaque fois. Mais nous pouvons apprendre à écouter sans minimiser, à accueillir sans juger, à soutenir sans demander à l’autre de nous convaincre que ce qu’il vit est réel.

Et peut-être que cela commence par une chose toute simple : accepter que la souffrance de l’autre n’a pas besoin de nous sembler légitime pour mériter notre attention.

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